Article Notre Mot A Dire – INVISIBLES AVANT, INVISIBLES PENDANT, INVISIBLES APRÈS ?

Journal et Supplément
Journal et Supplément 15 avril 2020

Les crises, économiques ou sociales sont souvent des révélateurs ou des accélérateurs de processus existants.
Pour ce qui est des activités de sécurité privée, cela n’aura pas eu d’effet révélateur ou accélérateur, le secteur étant déjà sinistré, tant économiquement que socialement, la situation ne pouvait évoluer encore plus défavorablement et la crise du secteur était très largement connue avant.

Sur le plan économique, les entreprises, qui pour un grand nombre ne dégagent que peu de bénéfices en raison de la concurrence qu’elles se mènent entre-elles, se sont retrouvées à devoir gérer une crise où elles se sont retrouvées en première ligne.
En fonction des clients, certaines sont impactées plus que d’autres: événementiel ou surveillance de magasin, les conséquences économiques ne sont pas les mêmes. Spécialisation ou diversification d’activité, les disparités existantes restent.

Sur le plan social, rien de nouveau pour les salariés de la prévention-sécurité. Avant la crise sanitaire prévalait une crise sociale, et ce depuis des années.
Dans les premières heures qui ont suivi les mesures de confinement et de restrictions diverses, les agents de sécurité se sont retrouvés en première ligne, sans matériel de protection. Ni gel, ni gants, ni, bien sûr, de masques ou de visières de protection mais ils ont été envoyés sur leurs lieux de travail au contact des clients des magasins ou des entreprises qui ont continué à produire.
Ils sont employés au sein d’entreprises prestataires de services et donc soumis au bon vouloir des clients de leur employeur, clients pas toujours préoccupés par leur sort.

Ils voudraient pouvoir travailler en télétravail, comme leur encadrement, mais cela n’est pas possible. C’est pourtant bien, ils auraient leur salaire complet et ne seraient au contact du virus, mais ce n’est pas possible, ils doivent être sur le terrain.
Alors, ils sont au travail, non par vocation mais par obligation alimentaire.
Arrêt maladie, garde d’enfant, chômage partiel, autant de modalités qui, si elles assurent un revenu, n’est que de remplacement et incomplet. Il y a une perte de rentrée d’argent importante pour le foyer, par rapport à un salaire déjà insuffisant. Alors, ils sont au travail, avec la peur d’être contaminés mais aussi de ramener au sein de leur foyer la maladie.

Prestataire de services dans une industrie de main-d’œuvre, c’est faire la chasse au coût du travail qui est privilégiée et qui guide les pas de leurs employeurs.
Ainsi, durant la crise, en réponse à la demande des salariés du versement d’une contrepartie financière au fait qu’ils aient dû aller travailler dans des conditions discutables, le principal syndicat des patrons a adressé une demande au Ministère de l’économie en disant, en substance, « nous ne pouvons verser une prime que si vous nous exonérez de cotisations sociales sur les mois où nous verserons cette prime » ! Chassez le naturel, il revient au galop.

Les agents de sécurité sont prestataires de service, soumis aux directives de leur employeur lui-même soumis à celles de son client. Et mécontenter un client, c’est prendre le risque de le perdre.
La crise sanitaire n’aura qu’un temps. A l’issue, la bataille économique pour survivre va reprendre de plus belle et tout sera bon pour baisser le coût du travail et être plus à même de gagner de nouveaux marchés ou conserver ceux en cours.

Au jour d’après, les salariés auront besoin d’être défendus pour l’augmentation des salaires, le renforcement de leurs conditions de travail, la diminution de la flexibilité.
Ils auront besoin de FORCE OUVRIERE pour continuer à porter et faire aboutir leurs revendications, dont celle d’être enfin visible et donc reconnus.

 

Alain
abouteloux@feetsfo.fr
Prévention
Sécurité