Notre Mot A Dire n°200 – février 2026 – Derrière le discours sur la démocratie sociale : un projet de domestication syndicale

EDITO

Les débats sur la démocratie sociale ne sont jamais neutres : ils déterminent toujours les rapports de force à venir.

Certains livres ne font pas de bruit. Ils ne sont pas débattus sur les plateaux télé, ne déclenchent aucune polémique médiatique. Pourtant, ils portent des projets politiques lourds de conséquences. C’est le cas de Sauver la démocratie sociale, du conflit au contrat.

Ses auteurs se présentent comme des spécialistes du dialogue social. Leur profil éclaire leur vision. L’un est un économiste issu des cercles d’expertise publique et ancien responsable du groupe d’experts sur le SMIC. Un autre est sociologue universitaire. Le troisième est un intellectuel et éditorialiste qui a notamment dirigé la revue CFDT Cadres. Aucun n’est issu du syndicalisme de terrain, de la négociation collective vécue ou de la défense quotidienne des salariés face à l’employeur. Pourtant, ils prétendent expliquer ce que devrait être le syndicalisme.
Leur diagnostic est sans surprise : si la démocratie sociale française fonctionne mal, ce serait la faute des syndicats. Trop nombreux, trop divisés, trop revendicatifs. Leur solution est à l’image du diagnostic : réduire le nombre d’organisations représentatives pour concentrer le paysage syndical autour de deux ou trois confédérations.
Ce projet n’est d’ailleurs pas inédit : il s’inscrit dans la continuité d’orientations déjà défendues lors de précédentes réformes du dialogue social, notamment la position commune CGT/CFDT/MEDEF de 2008 qui visait à restructurer le paysage syndical au détriment de certaines confédérations.

Un projet politique sous couvert de technique

Sous couvert de technicité, leurs propositions dessinent un projet politique très clair :
– relever les seuils de représentativité pour éliminer certaines organisations ;
– transférer le pouvoir de négociation des syndicats vers les CSE dans certaines situations ;
– imposer des délais avant l’exercice du droit de grève ;
– permettre des accords d’entreprise dérogeant aux minima de branche.

Ce n’est pas une réforme technique.
C’est une restructuration des rapports sociaux en perspective.

Une orientation déjà à l’œuvre

Depuis plusieurs années, les gouvernements successifs ont déjà engagé ce mouvement : affaiblissement des contre-poids, individualisation de la relation de travail, contournement de la négociation collective. Les ordonnances travail ont ouvert la voie dans le privé ; la loi de transformation de la fonction publique en a prolongé la logique. Ce livre s’inscrit dans cette même trajectoire idéologique : celle d’un syndicalisme institutionnalisé, réduit à un rôle d’accompagnement.
Notre syndicalisme, par nature, porte l’émancipation collective et non l’illusion d’un dialogue équilibré entre salariés isolés et employeurs disposant du pouvoir économique.
Ce type d’ouvrage révèle moins une analyse qu’un projet : transformer le syndicalisme en rouage institutionnel, cantonné au périmètre de l’entreprise et privé de sa capacité d’action collective.

Ne pas laisser les autres écrire notre avenir

Dans les espaces où se dessinent les règles de demain, d’autres veulent imposer leurs modèles — y compris celui d’un prétendu “dialogue professionnel” qui contourne les syndicats et rejoint précisément les orientations défendues par ceux qui veulent réduire leur rôle.
Nous ne laisserons personne nous imposer des choix qui ne sont pas les nôtres.

Notre conception du syndicalisme

À l’inverse, nous affirmons une autre conception du syndicalisme, résumée par la formule de Marc Blondel : « Réformiste dans ses pratiques, révolutionnaire dans ses aspirations »
Réformiste, parce que nous négocions, signons, construisons des droits concrets.
Révolutionnaire, parce que nous poussons à une rupture avec le système qui organise une société fondée sur la domination du travail par le capital. Le rapport de force engagé dans cette perspective assoit notre légitimité et notre crédibilité à toutes négociations.

Ce livre n’est pas anodin. Il constitue un signal d’alerte. Derrière l’apparence d’un essai d’experts se dessine une orientation politique : réduire le pluralisme, encadrer l’action syndicale, neutraliser le conflit social.

Parce que les rapports de force ne se commentent pas, ils se construisent — et nous serons toujours là où ils se construisent.

Zaïnil NIZARALY
znizaraly@feetsfo.fr

SOMMAIRE

Edito … p.2

Transport aérien … p.4

Autoroutes … p.5

Nettoyage Propreté … p.6

Fonction Publique … p.7

Portuaire … p.8

Formation professionnelle : la nouvelle cible budgétaire … p.9

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