Ceux qui veillent
pendant que vous dormez
Plus de 190 000 agents. Des vacations de douze heures. Le SMIC comme horizon. Un métier indispensable, exercé dans des conditions que personne n’accepterait si on les voyait vraiment.
Je vais vous demander quelque chose. Pensez à la dernière fois que vous êtes allés dans un centre commercial. À un concert. À l’hôpital. Dans une gare. À un match de foot.
Il y avait quelqu’un à l’entrée. Quelqu’un en uniforme sombre. Quelqu’un qui a regardé votre sac, qui vous a orienté, qui est resté debout pendant que vous passiez.
Est-ce que vous vous souvenez de son visage ?
Quand un agent de sécurité fait bien son travail, personne ne le remarque. On ne voit que son absence quand il n’est pas là, quand quelque chose tourne mal.
Cet homme, cette femme que vous n’avez pas regardé, c’est notre métier. C’est de lui que je viens vous parler aujourd’hui.
La sécurité privée en France, c’est plus de 190 000 travailleurs. C’est un secteur plus grand que l’industrie aéronautique en termes d’emplois. Et pourtant, personne n’en parle jamais.
Laissez-moi vous raconter à quoi ressemble une journée de travail.
Vous commencez à 19 heures. Vous finissez à 7 heures du matin. Douze heures. Debout. Souvent seul. Sur un site industriel, un parking, un entrepôt, un hôpital. Vous ne vous asseyez pas, ou alors sur une chaise en plastique dans un local sans fenêtre qu’on appelle pompeusement « le poste de sécurité ».
Pendant ces douze heures, vous êtes responsable de tout ce qui se passe sur le site. Une intrusion, un départ de feu, une agression, un malaise : c’est vous qui intervenez en premier. Avant les pompiers. Avant la police. Vous.
À 7 heures du matin, vous rentrez chez vous. Vos enfants partent à l’école. Votre conjoint part au travail. Vous, vous essayez de dormir avec la lumière du jour qui passe à travers les volets.
Et le soir, vous recommencez.
80 % des agents de sécurité privée en France sont payés au niveau du salaire minimum. Après cinq ans d’expérience. Après dix ans. Après quinze ans.
Il y a quelque chose que je veux que vous compreniez, parce que c’est le cœur du problème.
Quand une entreprise, un hôpital, une banque, un centre commercial a besoin de sécurité, elle lance un appel d’offres. Plusieurs sociétés de sécurité répondent. Et devinez qui gagne ? La moins chère. Toujours la moins chère.
Or dans notre métier, le coût, c’est essentiellement le salaire de l’agent. Quand un donneur d’ordre exige un prix plus bas, il n’y a qu’un endroit où rogner : sur nous. Moins de formation. Moins d’encadrement. Moins de matériel. Et toujours le SMIC comme salaire, parce qu’on ne peut pas descendre en dessous.
Résultat : les entreprises clientes paient de moins en moins. Les sociétés de sécurité compriment de plus en plus. Et les agents, au bout de la chaîne, tiennent. Jusqu’à ce qu’ils ne tiennent plus.
Un agent de sécurité se fait insulter. Ça arrive tous les jours. Il se fait parfois frapper. Ça arrive plus souvent qu’on ne le croit. Il appelle son employeur. On lui dit de remplir une main courante. On lui dit de retourner en poste.
Personne ne lui demande comment il va. Personne ne lui propose un soutien psychologique. Et le lendemain, il revient. Parce que s’il ne revient pas, on ne le rappellera plus.
C’est ça, la sécurité privée en France en 2026. Un métier indispensable, exercé par des gens courageux, dans des conditions que personne n’accepterait si on les voyait vraiment.
Nous ne venons pas ici pour nous plaindre. Nous venons pour dire que c’est un combat syndical. Un vrai. Et qu’il concerne tout le monde. Parce que les conditions qu’on impose à nos agents les salaires écrasés, le dumping social, la précarité comme modèle économique ce sont les mêmes mécanismes qui menacent vos secteurs.
Ce que nous exigeons
Des salaires qui reconnaissent la pénibilité
Un agent qui protège un site pendant douze heures de nuit ne devrait pas être payé au salaire minimum, quelle que soit son ancienneté.
Des conditions de travail dignes
Un local pour se reposer. Un planning prévu à l’avance. Un soutien après les agressions. Des exigences élémentaires, que beaucoup considèrent comme normales dans leurs propres métiers.
La fin du moins-disant systématique
Quand un donneur d’ordre choisit l’offre la moins chère en sachant que la différence se paie sur le dos des agents, c’est du dumping social. Nous le dénonçons. Nous le combattrons.
Je suis fier de mon métier. Fier de celles et ceux qui l’exercent chaque nuit, chaque week-end, chaque jour férié, pendant que le pays dort ou fait la fête. Mais la fierté ne paie pas le loyer. La fierté ne soigne pas un dos brisé par quinze ans de vacations debout. La fierté ne remplace pas la reconnaissance.
Nous méritons mieux. Et nous l’obtiendrons. Force Ouvrière sera au rendez-vous dans les entreprises, dans les négociations, auprès des pouvoirs publics, et s’il le faut, dans la rue.