EDITO – Être le syndicat de la fiche de paye, c’est être révolutionnaire
Ce numéro du journal de la Fédération est consacré aux salaires dans nos différents secteurs.
Le sujet des salaires est une priorité pour notre organisation. C’est surtout la priorité des travailleurs, qui subissent de plein fouet les conséquences de la guerre sociale en cours. La reprise de l’inflation rend cette question encore plus brûlante.
Au 1er juin, le SMIC a été revalorisé de 2,41 %, deuxième hausse de l’année après celle du 1er janvier. La conséquence est concrète : de nombreuses branches se retrouvent avec des minima conventionnels inférieurs au salaire minimum légal, et 862 000 agents publics, dont 306 000 agents de l’État, vont devoir percevoir une indemnité différentielle pour seulement atteindre le SMIC. Quand l’État doit verser un complément à près d’un million de ses propres agents pour ne pas les payer sous le minimum, c’est l’aveu d’un effondrement des grilles et des salaires.
Le patronat, lui, défend ses intérêts : il veut maintenir coûte que coûte les allègements de cotisations patronales, en particulier dans des secteurs comme la propreté ou la sécurité privée. Ces intérêts ne sont pas les nôtres, ils ne l’ont jamais été. Si nous voulons préserver notre modèle de protection sociale, nous devons défendre les cotisations, qui sont une partie intégrante de notre salaire. C’est ce que nous faisons au quotidien. Le patronat les appelle des « charges » ; pour nous, ce sont des cotisations.
Des responsables politiques jouent eux aussi au concours Lépine des mauvaises idées. Le député Pierre Cazeneuve propose ainsi d’augmenter le salaire net en baissant les cotisations sociales, qu’il propose de financer par le retour de la taxe d’habitation, deux points de TVA supplémentaires et une hausse de la CSG. Autrement dit : on donne d’une main ce qu’on reprend de l’autre, et l’on transfère le financement de la protection sociale du travail vers la consommation, qui frappe d’abord les plus modestes. L’illusion d’un gain de pouvoir d’achat, la réalité d’une protection sociale rognée. Car sans cotisations assises sur le travail, il n’y a plus de solidarité : chacun ne se soigne, ne se loge et ne prend sa retraite qu’à hauteur de ses propres moyens.
D’autres, les experts, agitent la peur : augmenter les salaires serait dangereux, cela relancerait l’inflation par la fameuse « boucle prix-salaires ». Cette théorie, selon laquelle toute hausse des salaires nourrirait mécaniquement celle des prix, est une fable. Ce sont d’ailleurs les mêmes qui veulent nous faire travailler toujours plus, dès 15 ans et jusqu’à 67 ans, en présentant la hausse du taux d’emploi comme la seule planche de salut de notre protection sociale. Au mieux de la paresse intellectuelle ; en réalité, un choix idéologique.
Notre organisation a toujours été le syndicat de la fiche de paye. Nous n’abandonnerons jamais cette revendication, ni dans l’entreprise, ni dans la branche, ni au niveau interprofessionnel.
Si nous menons ce combat, c’est d’abord pour que les salariés puissent remplir leur frigo et n’aient plus, le 10 du mois, à se demander comment ils vont tenir.
Mais c’est aussi une aspiration plus profonde. Le salaire ne se réduit pas au pouvoir d’achat : il est la part des richesses qui revient à ceux qui les produisent. Or la part du capital n’a cessé de croître, et celle du travail de reculer. Sans les travailleurs, pas de richesses. Et pourtant, le capital nous spolie en bloquant les salaires. Voilà pourquoi notre combat est révolutionnaire : il s’attaque à l’ordre établi, au patronat, aux politiques et aux experts qui le justifient.
Parce que le salaire n’est pas qu’une affaire de pouvoir d’achat mais bien de partage des richesses, la revendication historique de Force Ouvrière, portée par André Bergeron, fut celle de la double échelle mobile des salaires : indexée à la fois sur les prix et sur la production.
Le combat pour les salaires ne sera jamais terminé. C’est le moteur de notre syndicalisme.
SOMMAIRE
EDITO … p.2
Autoroutes … p.4
Fonction Publique … p.5
Nettoyage Propreté … p.6
Transport Aérien … p.7
Prévention Sécurité … p.8
Ports de Plaisance … p.9
3D … p.9
Groupe Legrand – Transparence des salaires … p.10