Retrouvez la déclaration liminaire de FO en ouverture du CSA des DDI du 18 mai 2026 (et en format audio ICI)

Madame la présidente
Mesdames, messieurs,
Chers camarades,
Le contexte dans lequel se tient ce CSA des DDI est marqué par une accumulation de tensions qui pèsent lourdement sur les agents et les services.
Tensions internationales, tensions budgétaires, tensions inflationnistes, tensions sur les effectifs, tensions sur les organisations de travail, tensions enfin sur le sens même des politiques publiques conduites au plus près du territoire.
Dans ce paysage instable, les agents des DDI demeurent pourtant en première ligne. Première ligne pour gérer les crises immédiates, qu’elles soient sanitaires, agricoles, climatiques, sécuritaires ou économiques. Première ligne également pour porter les politiques publiques de long terme permettant précisément d’éviter que ces crises ne deviennent incontrôlables. En tentant de ne pas être transformées en cabinets de préfecture.
Mais être en première ligne ne peut signifier être les oubliés permanents de l’administration territoriale de l’État.
FO/DDI souhaite aujourd’hui revenir plus particulièrement sur la question du pouvoir d’achat et des conséquences concrètes de l’explosion des coûts de déplacement pour les agents.
La récente flambée des carburants frappe de plein fouet des collègues qui, dans nombre de départements, n’ont tout simplement aucune alternative crédible à l’utilisation de leur véhicule personnel pour venir travailler. Y compris ceux à qui on a supprimé leurs postes dans des implantations territoriales infra-départementales dogmatiquement fermées. Dogme qui perdure au regard des restructurations que nous suivons avec vous à cette même instance.
Cette situation percute de plein fouet une réalité déjà connue : celle d’un décrochage historique des rémunérations dans la Fonction publique.
Depuis vingt ans, le point d’indice a perdu plus de 30 % par rapport à l’inflation, le pouvoir d’achat moyen des agents de nos ministères a chuté de 10 % depuis 2022 et les effets conjugués COVID/Ukraine. Les grilles indiciaires sont progressivement rattrapées voire noyées par le SMIC.
Oui, il faut le dire clairement : de plus en plus d’agents publics basculent vers la précarité laborieuse. Direction « travailleurs pauvres de la République ».
Dans ce contexte, FO/DDI prend acte de la circulaire gouvernementale du 5 mai 2026 relative à l’adaptation des modalités de travail et de déplacements professionnels des agents de l’État dans le contexte de hausse du coût des carburants, mais ne saurait s’en satisfaire !
Certes, cette circulaire semble marquer une première prise de conscience d’une réalité que FO porte depuis des semaines : la crise énergétique et inflationniste impose des réponses rapides et concrètes pour protéger les agents. Elle ouvre notamment la possibilité d’une mobilisation accrue du télétravail, d’adaptations organisationnelles et d’une limitation des déplacements évitables.
FO/DDI sera particulièrement vigilante à ce que ces orientations soient réellement appliquées dans les services dans le sens de l’intérêt des agents, y compris dans les DDI où les marges de souplesse sont encore trop souvent freinées localement.
Nous rappelons d’ailleurs que FO/DDI demandait déjà, avant même cette circulaire, l’élargissement effectif du télétravail volontaire jusqu’aux plafonds prévus par l’accord national, ainsi que la possibilité d’organisation du travail en 4,5 jours afin de réduire les déplacements domicile-travail.
Pour autant, FO/DDI le dit avec clarté : ces mesures d’urgence, si elles peuvent constituer des amortisseurs ponctuels, ne régleront pas le problème de fond. Pendant que les prix à la pompe explosent, le gouvernement ne peut en rester aux vieilles recettes et les effets d’annonce. Télétravail déjà existant, indemnité carburant inaccessible pour beaucoup… pour FO, ces seules « solutions » relèveraient davantage de l’illusionnisme que d’une véritable réponse au décrochage du pouvoir d’achat des agents publics.
Face à l’urgence sociale, FO revendique des mesures concrètes : hausse du point d’indice, revalorisation des grilles et prise en compte réelle des frais supportés par les agents.
Le mal à la racine reste l’effondrement du pouvoir d’achat des agents publics.
La seule réponse structurelle passe par :
- le dégel immédiat du point d’indice ;
- une refonte profonde des grilles indiciaires grignotées par le SMIC ;
- des mesures pérennes de revalorisation salariale ;
- une véritable reconnaissance des contraintes spécifiques pesant sur les agents territoriaux de l’État.
FO/DDI alerte également sur le fait que la restauration collective constitue désormais une dimension à part entière de la problématique de pouvoir d’achat, au-delà de son importance en termes de lien social et de santé publique.
Dans un contexte où certains agents arbitrent déjà entre carburant, logement et alimentation, la restauration collective ne peut devenir une variable d’ajustement budgétaire.
Or, sur le terrain, les remontées se multiplient : augmentation des tarifs, baisse des subventions, disparités territoriales croissantes, difficultés d’accès dans certaines implantations, conséquences persistantes des transferts de gestion et des politiques de mutualisation. Voire suppression d’accès à un RIA dans le cadre d’un projet immobilier ! L’argument « pas de nouvelle convention » porté par le MI est totalement inacceptable dans ce cadre encore plus que tout autre !
FO/DDI réaffirme ses revendications exprimées lors de la dernière F3SCT des DDI et du GT thématique qui s’en est suivi.
Les restructurations successives, les vacances de postes non compensées, les difficultés de recrutement, les mobilités empêchées, les outils numériques défaillants, la gestion RH dégradée et l’éloignement croissant des centres de décision créent un sentiment d’abandon extrêmement préoccupant dans les services.
FO/DDI dénonce les orientations gouvernementales de réduction des dépenses publiques et combattra toute nouvelle remise en cause :
- des missions de service public ;
- des conditions de travail ;
- des droits collectifs ;
- et de la présence territoriale des services de l’État sous gouvernance des différents ministères.
Enfin, alors que cette instance abordera la préparation des élections professionnelles de 2026, FO/DDI rappelle son attachement à un dialogue social porteur de création de droits sociaux, pas caution pour accompagner la démolition du service public républicain.
Les agents n’attendent pas des instances hors-sol ou des réorganisations permanentes.
Ils attendent des réponses concrètes, des moyens, du respect et une administration capable d’assumer pleinement ses responsabilités d’employeur.
FO/DDI est prête à prendre toute sa part dans un dialogue exigeant et constructif.
Mais ce dialogue doit déboucher rapidement sur des mesures tangibles.
Car une cocotte sous pression sans soupape… finit toujours par exploser.
Et la cocotte aura d’autant plus besoin demain de la soupape constituée par les instances représentatives issues des élections professionnelles de fin d’année. Nous y reviendrons plus avant dans les débats, mais réaffirmons que cela ne pourra se faire qu’à la condition que nos représentants d’aujourd’hui et nos potentiels candidats de demain ne soient ni découragés ni empêchés, et que l’administration s’attache à démontrer que les instances sont utiles!
Je vous remercie.