EDITO – Don’t Look Up : Déni cosmique
don’t Look Up », Ne regarde pas en haut, est un film où deux astronomes prévoient l’arrivée d’une comète qui va détruire toutes les civilisations humaines sur la Terre.
Jusque-là, rien d’extraordinaire, les mythes sur la fin du monde existent depuis des milliers d’années.
Ce qui diffère cette fois, c’est la mise en valeur du déni de tous ceux qui refusent même de lever la tête pour voir la comète dans le ciel.
Nous ne vivons pas dans une fiction mais dans une réalité. Une réalité qui a vu les canicules s’enchaîner, la ressource en eau s’évaporer, les forêts brûler, les villages inondés. La crise climatique et la crise écologique sont là, bien présentes. Les températures augmentent et avec elles les catastrophes naturelles, la qualité et la quantité de l’eau indispensable pour vivre se dégradent chaque jour un peu plus, l’air est pollué, la biodiversité s’effondre. Tout est sous nos yeux. Mais comment en sommes-nous arrivés là ?
La résolution du dernier Conseil National de la Fédération avait nommé les choses en dénonçant le capitalocène. Les crises écologiques ne sont pas le simple fruit d’une faute humaine abstraite. Elles sont le résultat direct du système actuel qui, pour produire toujours plus, exploite à outrance. Selon Karl Marx, le capitalisme épuise inéluctablement les deux sources de toute richesse, la terre et le travailleur, en brisant l’équilibre de leur relation matérielle. Sur ce point, nous ne pouvons que le rejoindre. L’exploitation des humains est ce que combattent les délégués au jour le jour, dans des secteurs comme la propreté, la sécurité et même le transport aérien.
L’exploitation des humains se fait aussi au niveau international lorsque des marins sont payés une misère sous des pavillons de complaisance pour venir nous livrer des « richesses » produites ailleurs. Par contre, quand il s’agit de faire se rencontrer les hommes et les femmes à travers le monde, la contrainte environnementale ne tombe jamais au même endroit. Sur le transport aérien de passagers, elle tombe sur le billet et sur l’emploi. Sur le fret mondial, elle se négocie depuis des années sans jamais aboutir. Le modèle lui-même n’est jamais mis en cause.
Tout cela conduit à ce que les limites planétaires soient dépassées. Dans un système fermé, il y a des limites. Mais une oligarchie s’en fiche et se dit qu’elle ira s’installer sur Mars comme Elon Musk. Comme dans le film Don’t Look Up, ce n’est pas un problème que la Terre ne soit plus vivable puisque nous pourrons partir ailleurs, se disent ces saigneurs de la Tech.
La destruction du collectif, pour que les individus n’aient plus d’autre figure d’attachement qu’une intelligence artificielle, voilà leur projet. Et qu’importe que, pour demander une recette de pâtes carbonara, on utilise des mètres cubes d’eau dans des centres de données et qu’on exploite les travailleurs du clic à l’autre bout du monde pour quelques dollars par jour.
Notre syndicalisme porte en lui la vie, pas seulement la survie. Il ne s’agit pas pour nous de vouloir produire à tout prix, d’entretenir un système, de faire travailler des enfants ou des seniors pour le maintenir en place.
À l’heure où le projet de loi de finances pour 2027 approche, le déni conduit à nouveau à sacrifier le ministère de la transition écologique. On nous annonce des crédits en hausse. En 2026, le décret du 10 septembre a annulé 500 millions d’euros votés par le Parlement, dont 157,5 millions sur notre seul ministère, près du tiers du total.
Dans le film, personne ne se trompe de bonne foi. On demande aux gens de ne pas lever la tête pour que rien ne change à ce qui rapporte. Sauf que, pour nous, il n’y a pas de déni syndical. Nous levons la tête et nous combattrons toujours pour vivre.