EDITO
Le travail, c’est un temps pendant lequel le salarié, ou l’agent, est soumis à un lien de subordination. C’est aussi un espace, dans lequel l’employeur exerce son pouvoir sur les travailleurs.
Ces frontières sont perpétuellement remises en cause par le patronat : Augmentation du temps de travail, aussi bien dans la journée, la semaine que dans la vie, atténuation de la séparation entre vie professionnelle et vie privée avec les outils numériques, développement du travail à domicile, etc.
Objet central de nos résolutions, le temps de travail est un axe majeur de nos luttes syndicales.
L’espace, à l’inverse, l’est beaucoup moins.
Il est pourtant au coeur des préoccupations patronales, à plus d’un titre.
Premier révélateur de cet enjeu de lutte : la suppression du Comité d’Hygiène, de sécurité et des Conditions de Travail (CHSCT). Fusionné avec les autres instances de dialogue social, aussi bien dans le privé que dans le public, les moyens d’intervention et d’investigation des élus ont été réduits, donnant par conséquent plus de pouvoir à l’employeur sur la gestion de l’espace de travail.
Second révélateur : le développement des outils de surveillance et l’augmentation des infractions relevées par la
Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL). Surveiller, contrôler le travail mais aussi et surtout les temps informels, qui parle avec qui, combien de temps, à quel endroit (rappelons que moyennant le respect de certaines règles, l’employeur peut géolocaliser ses salariés), dans quel but, est une obsession patronale de longue date.
Il faut dire qu’il fut un temps où l’employeur contrôlait l’heure du coucher et du lever de ses salariés, qu’il logeait…
Enfin, dernier révélateur : la politique immobilière de l’entreprise ou de l’administration.
La crise COVID et la généralisation du télétravail qu’elle a amenée n’a pas été sans intérêt pour les employeurs. Après des années de réticence face au télétravail, les employeurs, rassurés par la démonstration qu’un télétravailleur travaille, ont vu dans cette modalité d’organisation le moyen de faire des économies de locaux substantielles et de supprimer les bureaux individuels.
Les surfaces de coworking en France ont doublé depuis 2019 et l’administration a adapté ses textes, notamment avec la circulaire Borne, pour favoriser les opens-spaces et le flex-office.
Pourtant les études sur les opens-spaces et le flex-office qui démontrent la perte de productivité significative qu’entraînent ces espaces et le mal-être au travail ne manquent pas.
Mais là n’est pas l’objectif des employeurs.
Côté public, la motivation première est la recherche d’économies. Et tant pis pour la qualité de vie des agents et la perte de productivité qui se traduit par une baisse de la qualité des services publics.
Mais dans le public comme le privé, l’autre objectif de long terme est la maîtrise du collectif de travail. Un espace sans intimité pour les travailleurs, un espace précaire où les travailleurs sont sans cesse brassés au gré des places disponibles, un espace sous surveillance de la hiérarchie et du collectif qui standardise les comportements, un espace où les solidarités et les collectifs peinent à se construire dans une logique de lutte.
Enfin, l’open space est un lieu où le travailleur baigne dans la propagande patronale où qu’il soit, à coup de slogans et d’écrans de communication auxquels il ne peut pas se soustraire.
Et quand l’espace de travail disparaît?
A la fédération, de nombreux travailleurs ne disposent pas de bureau. Ils travaillent en extérieur, sur des infrastructures, chez un donneur d’ordre (sous-traitance) ou encore à bord d’un navire, ou d’un avion.
Souvent négligés par les obligations de l’employeur et des entreprises accueillantes, ces salariés subissent le pouvoir de l’employeur jusque dans leurs gestes et leur posture.
Le lieu de travail est un champ de bataille syndical.
Partout les camarades mènent la bataille dans les Commissions Santé Sécurité et Conditions de Travail (CSSCT) ou dans les
Formations Spécialisées de la Santé, Sécurité et des Conditions de Travail dans la fonction publique avec les moyens réduits dont ils disposent.
Ce journal spécial, consacré aux espaces de travail et à l’ergonomie des postures de travail, réalisé en partenariat avec le cabinet spécialisé dans les conditions de travail et l’ergonomie AEPACT (Accompagnement des Élus Pour l’Amélioration des Conditions de Travail) a pour but de fournir des outils et des réflexes pour lutter contre les dérives et la dégradation des conditions de travail, dans le public comme dans le privé.
Le lieu de travail conditionne trop les conditions de travail et la santé des travailleurs pour être abandonné à l’unique pouvoir de décision de l’employeur.
SOMMAIRE
PARTIE I – Introduction … 6
Espace de travail : l’accélération de la crise COVID … 7
L’open space : une organisation totalitaire … 8
Open-space : le bien-être en berne … 9
Nouveaux espaces de travail : un développement malgré les constats négatifs … 10
PARTIE II – ESPACES DE TRAVAIL DANS LA FONCTION PUBLIQUE : SES IMPACTS et QUELS LEVIERS POUR AGIR ? … 11
1 · La politique immobilière de l’Etat (PIE) : rappel … 12
2 · La circulaire Borne, un outil pour atteindre les objectifs de la PIE : … 14
3 · Au-delà des ratios, des enjeux et des risques non pris en compte dans les projets soumis aux F3SCT … 20
4 · Quels leviers pour les représentants du personnel et les OSR ? … 21
PARTIE III – L’ERGONOMIE AU TRAVAIL : AGIR POUR ADAPTER LE TRAVAIL A L’HOMME … 24
Adapter le travail à l’homme : une obligation de l’employeur inscrite dans le Code du travail. … 25
Quand le réchauffement climatique nécessite d’adapter le travail à l’homme et aux enjeux environnementaux … 26
Les conditions de travail au coeur de deux risques professionnels majeurs : Les TMS et les RPS … 30
Conditions de travail et atteintes à la santé, quelle reconnaissance de la pénibilité du travail et au travail aujourd’hui ? … 36