A retenir de la réunion de présentation du « Plan managérial » du MTES (consultable ICI) du 24 mai 2019 :
– Une cible qui irait du chef d’équipe d’exploitation à la SG du ministère (13 000 agents en positions de management hiérarchique et management de projets), au sein des services ministériels, Etablissements publics et DDI, mais des propositions plutôt orientées encadrement supérieur → on demande à voir !
– Un vocabulaire à mille lieux des réalités vécues dans les services et établissements : « Ensemble pour un management humain inhumain, engagé résigné et inspirant démotivant » ; « Progresser Régresser » ; « Être accompagné abandonné » ; « Co-construction démolition → si les objectifs de ce plan sont avérés, il y a donc un sacré boulot !
– Un plan de 11 actions allant de la mise en partage de « repères managériaux », de formations relatives au management aux moments clés du parcours professionnel (basé sur des formateurs internes – FO s’en félicite), de dispositifs de soutien aux « managers », d’accompagnement des « cadres dirigeants » → aucun bilan des actions déjà existantes, aucune visibilité sur les moyens qui y seraient consacrés
– Une fâcheuse tendance à renvoyer à des dispositifs reposant sur l’individu et sur sa capacité à s’inscrire dans le « bon réseau » (la chasse au « mentor » le plus gradé est lancée!), le tout en dehors du temps de travail !!! → à chacun de trouver le sens de son action pour pallier aux piétinements du sens collectif
– Aucun indicateur de suivi du plan d’action et des moyens
– Un calendrier plus que serré
Les demandes de FO pour que ce plan ne soit pas qu’une réponse à la mode du « soyons disruptifs dans la start-up nation », « jetons aux orties les dispositifs collectifs » et « amenez vous mêmes votre sens.com » :
– le renforcement des outils et lieux de gestion collectifs plutôt que le développement de palliatifs susceptibles de déboucher sur des systèmes basés sur la cooptation et l’arbitraire
– la remise en place de réseaux métiers sans miser sur le « tout électronique »
– la facilitation de la fluidité des parcours professionnels : valorisation des fonctions de direction de projet, retrait des systèmes de rémunérations basés sur la cotation de poste, ouverture de l’accès à tous les postes d’encadrement supérieur sans frein statutaire
– permettre aux cadres de se former et d’avoir accès aux outils et dispositifs mis en place par l’administration sur leur temps de travail
– un cap politique engageant dans la durée nos ministres sur la pérennité des missions, des moyens et des structures, seul à même de conserver la crédibilité de l’encadrement à tous les niveaux
– la consultation des instances compétentes (CTM/CHSCTM/CMFP) sur ce plan
Les points portés en introduction par FO:
Imaginons ensemble que nos ministères soient réellement au cœur des priorités gouvernementales, que leurs missions soient en développement, que leur légitimité soit confortée, que leurs services et moyens soient renforcés, que les ministres soient porteurs d’une ambition pour leurs personnels, que leur administration soit porteuse d’une vision collective pour leurs parcours professionnels, que notre DRH ne soit pas qu’une annexe de la DGAFP.
Alors oui, nous pourrions partager l’intérêt de disposer de ce « plan managérial » et certaines de ses orientations et propositions d’action.
Sauf que la réalité est toute autre : nos ministères figurent déjà depuis de longues années dans la liste peu enviable des excellents élèves en terme de suppression de postes, de missions, de restructurations et repositionnements en cascade.
Le cocktail explosif proposé par l’exécutif du moment risque bien de leur porter un coup fatal :
des décisions issues de « démolition publique 2022 » qui fragiliseraient nos administrations centrales, placeraient les DREAL sous tutelle préfectorale (UD et certaines missions relatives à l’eau et aux sites) et transformeraient les DDT(M) en directions de préfectures
de nouvelles suppressions de missions en cascade (urbanisme, logement, mer…) touchant des agents massivement touchés par les réformes précédentes
un droit dans les domaines de l’environnement et du logement rendu « souple » (à la tête du client et au gré de l’humeur du préfet)
un nouvel acte de décentralisation d’ampleur annoncé dans nos secteurs par le président de la République début 2020
la vente programmée (à la découpe ou en bloc) des Directions Interdépartementales des Routes (soit aux collectivités, soit aux sociétés d’autoroute en passant ou pas par la case EP)
la poursuite des effets de la rigueur budgétaire sur l’ensemble des services et établissements publics, remettant en cause leur capacité à assurer leurs missions de service public (dénavigation à VNF, remise en cause de l’expertise au CEREMA, fragilisation de météo-France, projet OFB au rabais…)
Avec tout cela, et quoi que puisse laisser croire la propagande gouvernementale, les priorités sont ailleurs qu’à la préservation de la biodiversité ou à l’aménagement durable des territoires !
Sans oublier les effets qu’impliqueraient pour nos ministères techniques l’adoption de la loi de « transformation » de la Fonction Publique : disparition programmée des corps techniques et généralisation du recrutement de contractuels précaires dans les Etablissements publics (qui représentent 25 000 ETP aujourd’hui!). Dans un monde dominé par des Préfets et DG « tous puissants », toute expression ministérielle vis à vis de l’encadrement apparaîtrait comme un simple exercice de style ou la réponse à une commande expresse de la DGAFP.
Alors pour que certains termes n’apparaissent pas totalement hors-sol pour vos cadres (« sens », « confiance », « écoute », « co-construction », « intelligence collective », « envie de co-construction »), c’est bien d’une inflexion majeure dont nous avons besoin :
retrouver un cap commun mobilisateur et conforter une culture assise sur ce socle ministériel, valorisant l’ensemble des profils professionnels derrière des politiques portées et reconnues,
donner une visibilité sur les moyens et missions, sinon comment être crédible ?
conforter les recrutements sur les corps ministériels, outils privilégiés de déclinaison de vos politiques, et lever les freins à leur accès aux différents niveaux de fonction,
défendre leur gestion nationale et les passerelles entre lieux d’exercice des missions, dans le contexte d’attaque généralisée sur les CAP et de velléités de déconcentration de la gestion des personnels au niveau préfectoral